{"id":357,"date":"2022-11-17T19:33:08","date_gmt":"2022-11-17T18:33:08","guid":{"rendered":"http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/?p=357"},"modified":"2022-11-17T19:33:08","modified_gmt":"2022-11-17T18:33:08","slug":"le-reve-emile-zola","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/?p=357","title":{"rendered":"Le R\u00eave &#8211; Emile Zola"},"content":{"rendered":"\n<p>Dans mon entourage peu de personnes comprennent ma passion pour la litt\u00e9rature classique, et en particulier pour <strong>Zola<\/strong>. Pourtant, il s\u2019agit sans l\u2019ombre d\u2019un doute d\u2019un de mes auteurs pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme beaucoup d\u2019entre vous j\u2019imagine, j\u2019ai d\u00e9couvert <strong>Zola<\/strong> au lyc\u00e9e. Ma prof de lettres, d\u00e9rogeant \u00e0 toutes r\u00e8gles, nous a fait lire <em>La Faute de l\u2019Abb\u00e9 Mouret<\/em> plut\u00f4t qu\u2019un de ses romans les plus connus. Et aujourd\u2019hui encore il est dans mon top trois des lectures de l\u2019auteur.<br>Il y a deux ans maintenant j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de me lancer dans la lecture int\u00e9grale des <em>Rougon-Macquart<\/em>, sa saga phare (dans leur ordre de parution), et plus je lis cet auteur plus je suis admirative de son travail. Son style, ses descriptions, son travail de recherche. On peut ne pas aimer le bougre, mais il faut avouer que son boulot de recherche est incroyable de pr\u00e9cision.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Sans-titre3-1024x364.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-335\" width=\"321\" height=\"113\" srcset=\"http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Sans-titre3-1024x364.png 1024w, http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Sans-titre3-300x107.png 300w, http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Sans-titre3-768x273.png 768w, http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Sans-titre3-350x124.png 350w, http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Sans-titre3.png 1080w\" sizes=\"auto, (max-width: 321px) 100vw, 321px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le R\u00eave <\/em>ne d\u00e9roge pas \u00e0 la r\u00e8gle. Il s\u2019agit du roman le plus court de la saga, avec un peu plus de 200 pages seulement, mais il n\u2019en est pas moins puissant pour autant.<br>Dans cet \u00e9pisode, <strong>Zola<\/strong> nous emporte en province, o\u00f9 Ang\u00e9lique, une jeune orpheline, est sauv\u00e9e par les Hubert, un couple de brodeur, sans enfant, qui voient ici l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019une vie\u00a0: adopter et transmettre leur savoir \u00e0 une apprentie. <strong>Zola<\/strong> en profite pour nous d\u00e9crire le m\u00e9tier de brodeur avec une flop\u00e9e de termes techniques (heureusement les notes de bas de page sont l\u00e0 pour tout nous expliquer).<br>Une nouvelle vie s\u2019offre \u00e0 Ang\u00e9lique, une vie humble et pieuse. En effet, la jeune fille ne sort pratiquement jamais de chez elle, et son plus grand plaisir est de r\u00eavasser. Son imaginaire est peupl\u00e9 de lectures religieuses, dont un texte en particulier\u00a0: <em>La L\u00e9gende<\/em> <em>Dor\u00e9e<\/em>, qui retrace la vie de Saints auxquels Ang\u00e9lique s\u2019identifie. Ici, l\u2019auteur nous cite de nombreux passages en vieux fran\u00e7ais, des moments de lectures parfois p\u00e9nibles et fastidieux, je l\u2019avoue. <\/p>\n\n\n\n<p>Ang\u00e9lique va se cr\u00e9er une vie r\u00eav\u00e9e, o\u00f9 un prince l\u2019emporte pour la couvrir de richesses. C\u2019est la premi\u00e8re partie du roman, une centaine de pages \u00e0 peu pr\u00e8s o\u00f9 il ne se passe rien, o\u00f9 l\u2019auteur nous transporte dans les r\u00eavasseries de son h\u00e9ro\u00efne. Pour autant, on ne s\u2019ennuie pas. A l\u2019instar d\u2019<em>A Rebours<\/em> de <strong>Hyusmans<\/strong>, le rien est un pr\u00e9texte pour nous raconter plusieurs histoires\u00a0: les \u00e9tats d\u2019\u00e2me du personnage, l\u2019histoire de France et bien s\u00fbr nous noyer sous des tonnes de descriptions (pour notre plus grand plaisir).<\/p>\n\n\n\n<p>Tout semble beau et tranquille dans la vie de la jeune Ang\u00e9lique, mais pour celles et ceux qui connaissent <strong>Zola<\/strong>, vous savez qu\u2019un tel bonheur ne peut durer bien longtemps sous la plume de l\u2019auteur. Et un drame vient perturber cette vie contemplative.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Sans-titre3-1024x364.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-335\" width=\"321\" height=\"113\" srcset=\"http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Sans-titre3-1024x364.png 1024w, http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Sans-titre3-300x107.png 300w, http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Sans-titre3-768x273.png 768w, http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Sans-titre3-350x124.png 350w, http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Sans-titre3.png 1080w\" sizes=\"auto, (max-width: 321px) 100vw, 321px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><br>Maintenant, parlons un peu de<strong> Zola<\/strong>. Pour rappel, il est le chef de fil du naturalisme, un courant artistique du XIX\u00e8me si\u00e8cle qui cherchait \u00e0 se rapprocher le plus possible du r\u00e9el. Que ce soit en litt\u00e9rature ou en peinture, il fallait montrer la r\u00e9alit\u00e9 telle qu\u2019elle est, belle mais aussi terrible, vulgaire et horrible. Surtout ne pas se censurer, ne pas avoir peur de heurter la sensibilit\u00e9 de son public, ne pas avoir peur des critiques ni de la biens\u00e9ance.<br>C\u2019est l\u00e0 qu\u2019entre en jeu le talent descriptif de l\u2019auteur. <strong>Zola<\/strong> prenait des notes sur le terrain\u00a0: dans les caf\u00e9s de Paris, \u00e0 la campagne, dans les mines (pour <em>Germinal<\/em>). Il faisait de nombreuses recherches pour \u00eatre capable de d\u00e9crire diff\u00e9rents m\u00e9tiers qui lui \u00e9taient \u00e9trangers ou inconnus. Bien s\u00fbr, les \u00e9crits de <strong>Zola<\/strong> ne sont pas exempts de subjectivit\u00e9 qui se transforment sous sa plume en une critique de la soci\u00e9t\u00e9, notamment celle de la bourgeoisie et des aristocrates et une prise de partie pour le peuple de France.<br><strong>Zola<\/strong> sait rendre ses personnages plus vrais que nature. Qu\u2019ils soient hommes ou femmes, jeunes ou vieux, nobles ou paysans, l\u2019auteur r\u00e9ussi \u00e0 les mettre en sc\u00e8ne avec une telle humanit\u00e9 qu\u2019on se croirait face \u00e0 un film documentaire.\u00a0<br>Maintenant, la question est de savoir ce qu\u2019il fait avec ses personnages. Comme dit pr\u00e9c\u00e9demment, l\u2019auteur n\u2019est pas tendre avec eux et aime les mettre dans des situations dures voir horribles. C\u2019est le cas d\u2019Ang\u00e9lique qui fait face \u00e0 une situation si terrible pour elle, qu\u2019elle en tombe gravement malade. Le sadisme de <strong>Zola<\/strong> ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0, puisqu\u2019il n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 tuer un grand nombre de ses personnages. C\u2019est un auteur impitoyable.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Sans-titre3-1024x364.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-335\" width=\"321\" height=\"113\" srcset=\"http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Sans-titre3-1024x364.png 1024w, http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Sans-titre3-300x107.png 300w, http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Sans-titre3-768x273.png 768w, http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Sans-titre3-350x124.png 350w, http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Sans-titre3.png 1080w\" sizes=\"auto, (max-width: 321px) 100vw, 321px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Et c\u2019est l\u00e0 que vient se glisser le hic pour moi. Depuis plusieurs \u00e9pisodes des <em>Rougon-Macquart<\/em> d\u00e9j\u00e0 (depuis <em>L\u2019\u0153uvre<\/em> pour \u00eatre plus exacte), je trouve que la dose de m\u00e9lodramatique est si importante qu\u2019elle en devient ridicule. A trop vouloir rendre la vie affreuse, lui retirer le verni doux de la biens\u00e9ance, <strong>Zola<\/strong> tombe dans l\u2019exc\u00e8s je trouve, dans quelque chose qui ressemble plus \u00e0 du romantisme qu\u2019\u00e0 du naturalisme.<br>Et bien que cela m\u2019ait \u00e9norm\u00e9ment plu \u00e9tant adolescente et encore aujourd\u2019hui pour certaines \u0153uvres, comme par exemple <em>L\u2019Assommoir<\/em>, j\u2019avoue que <em>Le R\u00eave<\/em> va trop loin \u00e0 mon go\u00fbt.<br>C\u2019est une critique de l\u2019\u0153uvre de <strong>Zola<\/strong> que je n\u2019aurais jamais cru faire un jour. Et c\u2019est une critique qui me fait reconsid\u00e9rer son \u0153uvre. Le tragique de l\u2019auteur m\u2019a toujours plu, mais alors que j\u2019arrive \u00e0 la fin de sa saga, je ne peux m&#8217;emp\u00eacher de changer d&rsquo;avis. Et je ne peux m\u2019emp\u00eacher de ressentir de la tristesse face \u00e0 ce changement. Ce n\u2019est jamais agr\u00e9able de s\u2019\u00e9loigner d\u2019un artiste que l\u2019on a appr\u00e9ci\u00e9 de nombreuses ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>De cette r\u00e9flexion personnelle me vient la question suivante&nbsp;: est-ce mon point de vue d\u2019humaine trentenaire du XXI\u00e8me si\u00e8cle qui trouve ce style trop pompeux&nbsp;? Est-ce que ses digressions sentimentales \u00e9taient mieux accueillies \u00e0 son \u00e9poque ? L\u2019auteur a connu un succ\u00e8s important de son vivant, on peut donc estimer que son oeuvre plaisait au plus grand nombre non seulement pour sa capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9crire le r\u00e9el mais aussi pour tous ses passages sirupeux \u00e0 l\u2019exc\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors oui j\u2019ai appr\u00e9ci\u00e9 <em>Le R\u00eave<\/em>, pas pour l\u2019histoire ou pas seulement, mais pour le travail qu\u2019il a demand\u00e9 \u00e0 <strong>Zola<\/strong>. Le temps de recherche, ici litt\u00e9raire puisqu\u2019il a d\u00fb lire de nombreux ouvrages techniques et historiques, toutes ces descriptions qui nous projettent dans une suite de tableaux plut\u00f4t qu\u2019un roman. En fait, avec <em>Le R\u00eave<\/em> j\u2019ai plus appr\u00e9ci\u00e9 <strong>Zola<\/strong> pour son talent technique que celui de narrateur.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans mon entourage peu de personnes comprennent ma passion pour la litt\u00e9rature classique, et en particulier pour Zola. Pourtant, il s\u2019agit sans l\u2019ombre d\u2019un doute d\u2019un de mes auteurs pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s. Comme beaucoup d\u2019entre vous j\u2019imagine, j\u2019ai d\u00e9couvert Zola au lyc\u00e9e. Ma prof de lettres, d\u00e9rogeant&#8230;<br \/><a href=\"http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/?p=357\" class=\"button read-more\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":358,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_genesis_hide_title":false,"_genesis_hide_breadcrumbs":false,"_genesis_hide_singular_image":true,"_genesis_hide_footer_widgets":false,"_genesis_custom_body_class":"","_genesis_custom_post_class":"","_genesis_layout":"","footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":{"0":"post-357","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-romans","8":"entry"},"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/357","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=357"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/357\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":362,"href":"http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/357\/revisions\/362"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/358"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=357"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=357"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/cabinetdelitterature.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=357"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}